Bokashi au potager : fonctionnement, avantages et limites
Le bokashi est une technique de fermentation des matières organiques, popularisée au Japon. Le terme japonais « bokashi » désigne une matière organique fermentée.
Contrairement au compostage classique, qui repose principalement sur l’action de micro-organismes en présence d’oxygène, le bokashi domestique utilise une fermentation en milieu pauvre en oxygène, généralement dans un contenant hermétique.
Cette technique permet notamment de valoriser des déchets de cuisine dans un espace réduit. Mais le résultat obtenu n’est pas du compost mûr : la matière fermentée doit encore poursuivre sa transformation avant de bénéficier pleinement au sol et aux cultures.
Quelle différence entre bokashi et compost ?
Le compostage et le bokashi transforment tous deux des matières organiques, mais selon des processus différents.
Le compostage
Le compostage est principalement un processus de décomposition aérobie, c’est-à-dire en présence d’oxygène.
Lorsque les conditions sont favorables, l’activité des micro-organismes peut provoquer une montée en température, particulièrement dans les volumes importants.
Au terme du processus, on obtient une matière organique relativement stable qui peut être utilisée directement au jardin.
Le bokashi
Le bokashi repose au contraire sur une fermentation en milieu pauvre en oxygène.
Les déchets sont placés dans un récipient fermé et généralement associés à un inoculum microbien, souvent incorporé à du son de céréales.
La matière obtenue conserve encore largement son aspect initial : les déchets ne se transforment pas en une matière ressemblant à du terreau comme dans un compost mûr.
On peut comparer le principe, avec prudence, à d’autres fermentations alimentaires : la matière est transformée par l’activité de micro-organismes sans être complètement décomposée.
Le bokashi constitue donc plutôt une première étape de transformation de la matière organique qu'un compostage complet.
Quel intérêt présente le bokashi ?
Le principal avantage du bokashi est sa capacité à valoriser des déchets de cuisine dans un système compact et fermé.
Il peut notamment être intéressant :
- Lorsque l’on dispose de peu d’espace.
- En appartement ou dans un petit jardin.
- Pour traiter des déchets de cuisine pendant l’hiver.
- En complément d’un compost traditionnel.
- Pour valoriser certains déchets alimentaires moins pratiques à intégrer dans un petit composteur domestique.
Le système fermé limite également certains désagréments associés à la gestion de déchets organiques en milieu urbain, à condition que la fermentation se déroule correctement.
Après incorporation au sol ou passage par une autre phase de compostage, cette matière organique contribuera aux apports organiques du jardin.
Il faut cependant éviter de considérer le bokashi comme un engrais immédiatement disponible ou comme une méthode permettant automatiquement d’améliorer un sol dégradé. Ses effets dépendent de la matière utilisée, du sol, des quantités incorporées et des conditions de décomposition ultérieures.
Quel est le rôle des micro-organismes ?
Le démarrage du bokashi repose généralement sur l'ajout d'un inoculum contenant des micro-organismes capables de favoriser la fermentation.
Les produits commercialisés sont souvent désignés sous le nom d'EM, pour « Effective Microorganisms », ou micro-organismes efficaces.
Selon les préparations, différents micro-organismes peuvent être présents, notamment des bactéries lactiques et des levures.
Leur fonction principale dans le bokashi est de créer les conditions permettant aux matières organiques de fermenter plutôt que de subir une décomposition classique à l'air libre.
Il faut néanmoins rester prudent face aux nombreuses propriétés parfois attribuées aux EM.
Les affirmations selon lesquelles ils augmenteraient systématiquement la biodiversité microbienne du sol, amélioreraient fortement sa fertilité ou stimuleraient directement les plantes ne peuvent pas être généralisées à toutes les situations.
L'intérêt le mieux établi dans le cadre du bokashi est avant tout leur rôle dans le processus de fermentation.
Que peut-on mettre dans un bokashi ?
Le bokashi permet de traiter une grande partie des déchets organiques produits en cuisine.
On peut notamment y placer :
- Épluchures de fruits et légumes.
- Restes végétaux.
- Marc de café.
- Thé et infusions.
- Coquilles d'œufs broyées.
- Petites quantités de restes alimentaires cuits.
Selon le système utilisé, d'autres déchets alimentaires peuvent également être acceptés.
Les morceaux relativement petits facilitent généralement le tassement et la fermentation.
À chaque ajout, les matières sont tassées afin de chasser autant d'air que possible, puis recouvertes de l'inoculum selon les recommandations du fabricant.
Le contenant doit ensuite rester correctement fermé.
Comment savoir si la fermentation fonctionne correctement ?
Un bokashi correctement fermenté ne ressemble pas à du compost.
Après fermentation, les morceaux de légumes restent souvent reconnaissables. Une odeur aigre ou fermentée peut être normale.
En revanche, une forte odeur de putréfaction constitue généralement le signe que le processus ne s'est pas déroulé correctement.
Une fine moisissure blanchâtre peut apparaître sans nécessairement indiquer un problème. À l'inverse, des développements importants de moisissures colorées associés à une odeur désagréable doivent inciter à la prudence.
Le respect des conditions d'utilisation du système choisi reste important : quantité d'inoculum, tassement, fréquence d'ouverture et durée de fermentation peuvent varier selon les méthodes.
Le liquide de bokashi est-il un engrais ?
Certains seaux à bokashi sont équipés d'un robinet permettant de récupérer le liquide qui s'accumule au fond.
Ce liquide est parfois présenté comme un « engrais liquide » très puissant.
Il faut être plus prudent.
Sa composition est extrêmement variable et dépend directement des matières placées dans le récipient et du processus de fermentation. Il peut notamment être acide et contenir des concentrations variables en composés organiques et éléments minéraux.
Son utilisation directement sur les plantes ou les racines, surtout sans dilution, n'est donc pas recommandée.
Si vous souhaitez l'utiliser au jardin, mieux vaut respecter les recommandations précises du système employé et éviter d'en faire un élément essentiel de la fertilisation du potager.
Comment utiliser le bokashi au potager ?
À la fin de la fermentation, le bokashi n'est pas encore un compost mûr.
La matière est généralement acide et doit poursuivre sa décomposition.
Une méthode courante consiste à l'incorporer dans la terre avant une culture.
Creusez une tranchée ou mélangez le bokashi à la couche superficielle du sol, puis recouvrez-le de terre.
Une profondeur de l'ordre de 10 à 15 cm peut constituer un repère pratique, mais elle n'a rien d'une règle absolue. L'objectif est surtout que la matière soit en contact avec le sol et puisse poursuivre sa transformation.
Évitez de mettre directement les racines des plantes en contact avec une grande quantité de bokashi fraîchement fermenté.
Après incorporation, attendez généralement deux à trois semaines avant de semer ou planter directement dans la zone concernée. Ce délai constitue là encore un repère : la vitesse de transformation dépend notamment de la température, de l'humidité, du sol et des matières incorporées.
Le bokashi peut également être ajouté à un compost afin d'y poursuivre sa décomposition.
Bokashi ou compost : lequel choisir ?
Les deux techniques ne répondent pas exactement aux mêmes besoins et peuvent parfaitement être complémentaires.
Le compost est particulièrement intéressant pour valoriser de grandes quantités de déchets du jardin : résidus de cultures, feuilles mortes, tontes, tailles broyées et déchets végétaux de cuisine.
Une fois mûr, il peut être utilisé directement comme amendement organique.
Le bokashi est particulièrement pratique pour gérer des déchets alimentaires dans un espace réduit et dans un contenant fermé.
Il demande cependant une seconde phase de transformation après la fermentation.
Il n'est donc pas nécessaire de choisir systématiquement entre les deux.
Une famille disposant d'un jardin peut par exemple utiliser un composteur pour les grandes quantités de matières végétales et un bokashi pour certains déchets de cuisine.
Quelles sont les limites du bokashi ?
Le bokashi présente des avantages pratiques, mais il ne faut pas en faire une solution miracle pour la fertilité du sol.
Quelques limites doivent être prises en compte :
- Il nécessite un contenant suffisamment hermétique.
- Il faut généralement utiliser ou préparer un inoculum adapté.
- Le produit obtenu n'est pas immédiatement assimilable à un compost mûr.
- Une seconde phase de transformation est nécessaire.
- Le bokashi fraîchement fermenté est acide et ne doit pas être placé en quantité importante directement contre les racines.
- Les effets sur le sol dépendent fortement des quantités utilisées et des conditions locales.
- Certaines propriétés attribuées commercialement aux « micro-organismes efficaces » restent insuffisamment démontrées pour être présentées comme des effets systématiques.
Pour les jardiniers disposant d'un grand jardin et d'un composteur fonctionnel, le bokashi n'est donc pas indispensable.
Il devient surtout intéressant lorsque ses caractéristiques pratiques répondent à un besoin particulier.
Bokashi : une technique complémentaire plutôt qu'une solution miracle
Le bokashi offre une manière intéressante de valoriser les déchets alimentaires grâce à la fermentation, notamment lorsque l'espace disponible est limité.
Son principal intérêt n'est pas de produire un « super-engrais », mais de permettre une première transformation de matières organiques dans un système compact et fermé.
Après fermentation, ces matières doivent poursuivre leur décomposition dans le sol ou dans un compost avant de participer pleinement au cycle de la matière organique du jardin.
Utilisé de cette manière, le bokashi peut donc parfaitement compléter un compost traditionnel et s'intégrer dans une gestion plus globale de la fertilité du potager.