Le doryphore (Leptinotarsa decemlineata) est l’un des ravageurs les plus connus de la pomme de terre. Adultes et surtout larves se nourrissent du feuillage et peuvent provoquer une défoliation importante lorsque leur population devient élevée.
La pomme de terre est sa principale plante-hôte, mais le doryphore peut également s’attaquer à d’autres plantes de la famille des Solanacées, notamment l’aubergine.
Une surveillance régulière dès le printemps permet heureusement de détecter les premières pontes et d’intervenir avant que les larves ne deviennent nombreuses.
Comment reconnaître le doryphore ?
Le doryphore adulte est relativement facile à identifier.
Il mesure environ 1 cm et possède un corps bombé jaune orangé. Ses élytres sont jaunes et parcourus de dix bandes longitudinales noires, caractéristique à l’origine de son nom scientifique decemlineata.
Les œufs sont également très reconnaissables. Ils sont :
- Jaunes à orange.

- Allongés.
- Regroupés en amas.
- Généralement pondus sous les feuilles.
Les larves sont d’abord rougeâtres puis deviennent progressivement orange à rouge-orangé. Elles possèdent une tête noire et deux rangées de points noirs sur les côtés du corps.
Ce sont généralement les larves les plus développées qui consomment les plus grandes quantités de feuillage.
Sur quelles plantes trouve-t-on le doryphore ?
Le doryphore se développe principalement sur des plantes appartenant à la famille des Solanacées.
Sa plante-hôte la plus importante au potager est la pomme de terre.
Il peut également se développer sur :
- L’aubergine.
- Certaines morelles sauvages.
- Plus occasionnellement d’autres Solanacées.
Les repousses de pommes de terre oubliées dans le sol après une récolte peuvent également permettre aux doryphores de trouver rapidement une plante-hôte au printemps suivant.
Il est donc utile de les éliminer lorsqu’elles apparaissent dans les parcelles où l’on souhaite limiter la pression du ravageur.
Quel est le cycle de vie du doryphore ?
Le doryphore passe généralement l’hiver à l’état adulte dans le sol.
Au printemps, lorsque les conditions deviennent suffisamment favorables, les adultes quittent progressivement le sol et recherchent des plantes-hôtes.
La température joue un rôle important dans cette reprise d’activité. Il vaut donc mieux observer les conditions réelles et l’apparition des adultes plutôt que retenir une température précise comme seuil absolu.
Après l’accouplement, les femelles déposent leurs œufs en groupes, généralement sur la face inférieure des feuilles.
Quelques jours plus tard, selon la température, les larves apparaissent et commencent immédiatement à consommer le feuillage.
Elles passent par quatre stades larvaires, séparés par trois mues.
À la fin de leur développement, elles quittent la plante et s’enfoncent dans le sol pour se nymphoser. De nouveaux adultes apparaissent ensuite.
La durée du cycle dépend fortement des températures.
Dans les régions relativement fraîches, une génération annuelle est fréquente. Lorsque les conditions climatiques sont suffisamment chaudes et la saison assez longue, une deuxième génération peut apparaître.
Il est donc préférable de ne pas considérer « une génération en Belgique et deux dans le sud de la France » comme une règle absolue : le nombre de générations varie selon le climat et les conditions de l’année.
Quels dégâts provoque le doryphore ?
Les adultes et les larves consomment principalement les feuilles des pommes de terre.
Au début d’une attaque, on observe des feuilles partiellement dévorées. Lorsque les larves deviennent nombreuses, elles peuvent progressivement consommer une grande partie du limbe et parfois ne laisser que les nervures et les tiges.
Une forte défoliation réduit la surface photosynthétique de la plante.
Or c’est grâce à son feuillage que la pomme de terre produit les assimilats nécessaires au développement de ses tubercules. Une attaque importante, particulièrement lorsqu’elle intervient suffisamment tôt dans le développement de la culture, peut donc réduire le rendement.
Contrairement à ce qui est parfois indiqué, le principal problème n’est pas la consommation directe des tubercules ou des racines par les doryphores, mais bien la destruction du feuillage.
Quand surveiller les pommes de terre ?
La surveillance doit commencer dès que les pommes de terre sont suffisamment développées et que les adultes commencent à apparaître au printemps.
Observez régulièrement :
- Le dessus des feuilles pour repérer les adultes.
- Le dessous des feuilles pour rechercher les pontes.
- Les extrémités des plantes pour détecter les jeunes larves.
- Les premières feuilles présentant des traces de consommation.
Une observation régulière est particulièrement efficace dans un potager familial : quelques minutes de surveillance permettent parfois d'éliminer une ponte avant qu'elle ne produise plusieurs dizaines de larves.
1. Ramasser les doryphores à la main
Dans un potager de taille raisonnable, le ramassage manuel constitue l’une des méthodes les plus simples et les plus efficaces.
Ramassez les adultes et les larves lorsque vous les observez.
Inspectez également le dessous des feuilles et écrasez ou retirez les amas d'œufs avant leur éclosion.
Cette intervention est particulièrement intéressante lorsqu’elle commence tôt dans la saison, avant l’installation d’une population importante.
Une fois plusieurs générations ou de nombreuses larves présentes simultanément, le ramassage devient évidemment beaucoup plus fastidieux.
2. Pratiquer une rotation des cultures
La rotation peut contribuer à limiter les infestations.
Les adultes passent l’hiver dans le sol, souvent à proximité des parcelles où les pommes de terre ont été cultivées.
Installer les pommes de terre l’année suivante à un autre endroit oblige les adultes émergents à rechercher leurs nouvelles plantes-hôtes.
Plus la nouvelle parcelle est éloignée de la précédente, plus cette stratégie peut présenter un intérêt.
Une simple permutation entre deux rangs voisins aura évidemment beaucoup moins d’effet.
La rotation est donc utile, mais elle ne constitue pas à elle seule une protection complète : les adultes sont capables de se déplacer pour trouver de nouvelles Solanacées.
3. Éliminer les repousses de pommes de terre
Après une récolte, certains petits tubercules peuvent rester dans le sol et produire de nouvelles plantes l’année suivante.
Ces repousses peuvent constituer des plantes-hôtes précoces pour les doryphores.
Les éliminer contribue donc à interrompre la continuité entre deux cultures de pommes de terre.
Surveillez également les tas de déchets ou de terre contenant d’anciens tubercules susceptibles de germer.
4. Surveiller les autres Solanacées
Si vous cultivez des aubergines, surveillez-les également.
Quelques doryphores peuvent provoquer proportionnellement beaucoup de dégâts sur un petit nombre de plants d’aubergines.
Certaines Solanacées spontanées peuvent également servir de plantes-hôtes.
Il n'est cependant pas nécessaire d'éliminer indistinctement toutes les plantes sauvages du jardin : l'objectif est surtout de repérer les Solanacées susceptibles d'entretenir localement une population de doryphores.
Les prédateurs naturels suffisent-ils ?
Le doryphore peut être consommé ou parasité par différents organismes : insectes prédateurs, punaises, carabes, oiseaux ou autres auxiliaires selon les régions.
Favoriser la biodiversité générale du jardin reste donc intéressant.
Mais le doryphore possède relativement peu d'ennemis naturels capables de contrôler systématiquement une forte infestation.
Dans un potager familial, mieux vaut donc associer la présence d'auxiliaires à une surveillance active de la culture plutôt que d'attendre qu'ils éliminent seuls les doryphores.
Que faire en cas de forte infestation ?
Si les larves sont déjà très nombreuses, commencez par en retirer manuellement autant que possible.
Inspectez l'ensemble de la parcelle, car plusieurs pontes peuvent avoir éclos à quelques jours d'intervalle.
Dans certaines situations, des produits de biocontrôle autorisés pour cet usage peuvent également exister. Leur disponibilité, leur homologation et leurs conditions d'utilisation évoluent selon les pays.
Avant d'utiliser un produit, même présenté comme naturel ou biologique, vérifiez donc toujours qu'il est actuellement autorisé contre le doryphore sur la culture concernée dans votre pays et respectez strictement les conditions figurant sur l'étiquette.
Pour un petit potager, une détection précoce et un ramassage régulier permettent souvent d'éviter d'en arriver là.
Prévenir plutôt que subir l'invasion
Le doryphore devient surtout difficile à contrôler lorsque les premières pontes passent inaperçues et que de nombreuses larves se développent simultanément.
La stratégie la plus simple repose donc sur quelques gestes :
- Surveiller les pommes de terre dès le printemps.
- Examiner régulièrement le dessous des feuilles.
- Retirer rapidement adultes, œufs et larves.
- Éliminer les repousses de pommes de terre.
- Pratiquer une rotation lorsque l'espace disponible le permet.
- Surveiller également les aubergines et autres Solanacées sensibles.
Au potager familial, une intervention précoce est beaucoup plus facile qu'une lutte contre une population déjà installée. Quelques passages réguliers parmi les pommes de terre peuvent ainsi éviter des dégâts importants plus tard dans la saison.